Du sport de ma jeunesse

Comme je l’ai indiqué dans mon dernier billet, j’ai pratiqué le judo à un niveau assez bon. J’ai, à ma rentrée au lycée, fréquenté un sport étude. J’y suis resté mon année de seconde. Bien que modeste, cette année scolaire m’a permis de me rapprocher du sport de haut niveau, et de l’état d’esprit allant avec. Ma « carrière » a été stoppé prématurément, suite à plusieurs blessures, dont une rupture totale des croisés du genou gauche, une fracture de la rotule et du ménisque, une scoliose avec déplacement du bassin.

Je vais donc vous raconter ici mon expérience. Je précise ne faire de reproche à personne d’autre qu’à moi-même, et je ne citerai volontairement aucun nom.

Au sein de mon petit club de judo et depuis mes 10 ans, j’obtenais des résultats satisfaisants au niveau départemental. La première année de cadet, à l’époque, m’a amené vers les compétitions régionales, qui constituent le vivier du judo français (il n’y a pas de championnats de France à cet âge là). Lors de ma première année de cette catégorie, je fais troisième régional, battant en place de 3 un judoka en sport études. Je suis donc contacté au club par le gérant de cet établissement, qui m’indique que je pourrai intégrer le pôle à mon entrée en seconde, si cela me tente.

J’en discute longuement avec mes parents, et avec mon entraîneur de judo. Il s’agit d’un internat qui alterne cours et entraînement. Les infrastructures sont superbes, et les cours sont pris dans un lycée traditionnel, avec un emploi du temps aménagé. Je prends la décision d’intégrer ce sport étude, ce que j’ai considéré comme une vraie chance.

Les cours sont assurés de 9 heures à midi et de 13 heures à 16 heures, le reste de l’emploi du temps est consacré au sport. J’ai quatre entraînements de judo et deux entraînements purement physiques par semaine (pour deux heures à chaque fois). L’un pour la musculation, l’autre pour l’endurance. Le niveau d’exigence est élevé, les entraînements sont fatigants et la pression est permanente concernant les résultats en compétition. Je fais cependant rapidement des progrès physiques et techniques, et obtiens de bons résultats ; champion district et départemental avant décembre, sélection pour un championnat d’Europe par équipe. Je vis cependant avec des douleurs chroniques dans les articulations des membres inférieurs, qui me sont expliqués par le médecin du sport par ma croissance et mes séances éreintantes d’entraînement. Je passe mes semaines à bosser et mes week-ends à dormir. Durant les six premiers mois de ma formation, je prends cinq bons kilos de muscle, ce qui gêne ma préparation à la compétition, car je suis obligé de faire des régimes avant chaque échéance pour entrer dans ma catégorie de poids. Je mange une pomme et un yaourt à chaque repas les quatre jours qui précèdent mes combats, et je bois presque six litres d’eau par jour (je dois passer de 76 à 73 kilos avant ma compétition). Combiné à l’entraînement, j’ai globalement faim tout le temps, et ça me rend exécrable.

L’entraînement devient vraiment douloureux à partir du mois de janvier, je ressens énormément de fatigue. Les contractures se transforment en micro-déchirures mais, d’après le staff, strappé, ça passe… Je continue l’entraînement malgré tout. Début février, il arrive ce qu’il doit arriver ; sur un appui malencontreux je romps mes ligaments croisés du genou gauche. Je tombe de tout mon poids dessus, et brise par la même occasion la rotule et le ménisque sur la baguette de bois qui tient les tapis de sol en place.

Héliporté vers l’hôpital, je suis rapidement opéré par le meilleur médecin orthopédique français, selon une méthode ne laissant pas de cicatrice. Je suis parti pour trois mois d’inactivité, puis la même durée de rééducation.

Fin du film… On me fait comprendre que le haut niveau, c’est terminé… Et le sport étude aussi, par la même occasion. Je m’inscris dans un lycée classique pour ma première et je reprends le sport en septembre.

J’ai beaucoup forcé pour me rééduquer et j’ai peu dormi à cause de la douleur au moment où je remets mon kimono dans mon club d’origine. De plus, je compense la perte de force de ma jambe gauche et je ressens rapidement des douleurs énormes dans le dos, qui m’obligent en octobre à arrêter de nouveau le sport. Bilan du médecin ; colonne vertébrale déviée au niveau des lombaires, bassin dévié. Je ne peux plus faire de sport traumatisant ou asymétrique (tennis par exemple). Je décide de lever le pied définitivement.

En vérité et avec le recul, pour mes six mois passés en sport étude, je vais mettre véritablement trois ans à m’en remettre normalement, et à reprendre une activité physique normale, sans douleur, avec plus de cent séances de kiné et osthéo pour replacer mon dos.

Bilan

J’ai côtoyé de grands sportifs et fait des rencontres énormes, des stages à l’étranger et remporté quelques victoires sur le plan personnel. J’ai eu la chance de porter un survêtement et un kimono sur lequel était écrit « France », et çà, je ne l’oublierai jamais.

En contrepartie, j’ai failli ne plus jamais pouvoir me servir de ma jambe, j’ai des articulations qui ont pris dix ans en six mois et j’ai eu mal en permanence pendant quasiment trois ans, sans compter que ma croissance s’est arrêté net à mon entrée en seconde.

Comme je l’ai dit au début de ce billet, je ne blâme personne d’autre que moi-même, car rien ne m’a été imposé. Je me suis fait mal parce que je n’ai pas écouté les signaux d’alerte que mon corps m’a envoyé, parce que je voulais réussir et devenir le n°1 de ma catégorie. J’ajoute que je n’ai pas de regrets, je suis comme je suis grâce à ce que j’ai fait, mes échecs font partie de moi. Ils m’ont permis de mieux me connaître et d’avancer dans la vie.

Il me reste à conclure ce billet, qui m’a empli de nostalgie malgré moi, par ces mots.

« Le sens du sport n’est pas dans le score ou le record mais dans l’habileté et les moyens déployés pour y parvenir. » Gigoro Kano.

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5 réflexions sur “Du sport de ma jeunesse

  1. FireRasta dit :

    Je viens de lire ton article (c’est ma première venue sur ton site) . Je comprends très bien pourquoi tu cours, j’ai, a moindre échelle un parcours assez proche…sport étude blessure …je vais parcourir attentivement le reste du site ! A bientôt

    • breizhammer dit :

      Merci de me donner ton avis en tout cas. Quel sport tu pratiquais en sport études ?

      • FireRasta dit :

        Foot, latéral ou libéro. En mode foot loisir j’étais 10, plaque tournante :-). Pendant mon sport étude, on partageait les cours, et l’internat avec le pôle France judo …a bientôt

  2. meloalors dit :

    Je te trouve très sage et compréhensif sur ces 6 mois de sports études… Tu n’étais qu’un enfant/adolescent, les adultes autour de toi ne t’ont pas alerté ? demandé de lâcher la bride quelque peu ?

    • breizhammer dit :

      Non, nous étions suivis par un médecin du sport, qui gérait les blessures. La pression était positive, le staff compréhensif. Mes parents et mon médecin de famille voulaient que je lève le pied, mais qui écoute les adultes à cet âge là ?

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